Confiance (La)

Un article de Bordeldemer.

La confiance est un bon bateau[1]

En cette fin de printemps de l’année 1799, il faisait chaud à Calcutta. A la terrasse de la résidence du marquis de Wellesley, la Margravine d’Anspach entame une discussion avec officiers et bourgeois à propos de surcouf.

Un certain capitaine Rivington se riait du corsaire Malouin et se moquait de ce qu’il nommait « ses coquilles de noix » à bord desquelles il semait la terreur sur les mers.

« Si je le tenais au bout des canons du Kent », disait-il « je ne demande pas un quart d’heure pour l’envoyer par le fond », puis « avec quelques lougres bien armés on purgerais la mer de cette vermine qui la déshonore » et enfin « je ne veux plus m’appeler Rivington si je ne coule pas ce Surcouf ».

Ayant fait son effet devant les dames, une d’elle, la Margravine, lui suggéra de le capturer pour l’enfermer dans une cage de fer afin de l’exposer comme une bête fauve en guise d’attraction pour la saison de Londres.

La compagnie des Indes avait promis un lac de roupies pour la capture de Surcouf.

Le capitaine Rivington allait bientôt pouvoir relever le défi puisque la société de Calcutta allait se disloquer et la plupart des personnes présentes à cette réunion allaient s’embarquer à bord de la frégate de quinze cent tonneaux, quarante canons « le Kent », avec à son bord, un équipage de plus de quatre cents hommes.

En ces temps là, Surcouf longeait les côtes du Bengale à bord de son brick « la confiance » avec seulement cent hommes embarqués parmi les plus féroces mais aussi les plus confiants envers leur capitaine.

La confiance armées de ses vingt canons avait été construite à Bordeaux, elle possédait toutes les qualités requises pour le Pacifique, pouvant porter beaucoup de voile, elle était très maniable et bonne marcheuse.

Quelques jours avant le départ du Kent, Surcouf et ses hommes avaient relâchés dans une baie pour se ravitailler, un émissaire du rajah déchu avait informé le corsaire Malouin du départ du Kent et des propos tenu par le capitaine Rivington et de la Margravine d’Anspach…

« Navire en vue ! » Là-bas vers le nord, un trois mâts, toutes voiles dehors, c’est une grande frégate de quarante canons battant pavillon d’Angleterre et flamme de la compagnie des Indes qui vient par vent favorable vers la Confiance.

Surcouf au gaillard d’arrière, tenant sa lunette, observait le Kent porté par la brise.

« Branle bas et double ration de rhum » s’écria le capitaine.

D’autres corsaires auraient fuit devant les canons du Kent et le nombre important des hommes qu’il contenait, mais il en fallait davantage pour impressionner Surcouf et son équipage de coupe jarrets.

Courant au plus près et louvoyant bord sur bord afin de naviguer contre le vent, la Confiance venait au-devant de la frégate d’Angleterre.

A son bord, Rivington et les bourgeoises s’étaient pressés au gaillard afin d’être aux premières loges. « Regardez le bien » dit Rivington, « bientôt il va fuir ».

Les minutes passent et la Confiance se rapproche davantage mettant les nerfs de plus en plus à vif des Anglais qui avaient déjà écouvillonnés et chargés les pièces prêtes à cracher leurs salves sur le brick qui allait se trouver à bonne portée.

Brusquement, ce dernier fit un crochet et fila sous le nez de la frégate dans l’angle mort de ses canons de tribord et ce fut lui qui lâcha une première bordée fauchant le beaupré du kent et endommageant sa proue ainsi qu’une ancre à son bossoir.

A son tour il lâcha une salve de ses vingt canons babord que le brick esquiva par l’oblique se plaçant hors de portée des pièces armées.

Se trouvant à présent dans le vent, il revint sur l’Anglais, passa par l’arrière et envoya une seconde décharge dans la poupe, mais ayant imprudemment prêté son flanc tribord, les canons du Kent entamèrent légèrement une partie de la voilure de son rival, mais par un brusque crochet, le corsaire vint se glisser contre la proue de la frégate dont l’ancre s’était accroché dans les haubans de misaine du brick.

Précédés de leur capitaine, une cinquantaine de Français sautèrent sur le tillac du gaillard d’avant du bâtiment Anglais, lardant à coup de sabres d’abordage tous ceux qui se trouvaient sur leur passages, puis des coups de feu.

« Tous dans l’entrepont » hurla Rivington fuyant le pont resté désert où gisaient morts et blessés. Terrorisées, les femmes poussaient des cris de frayeur devant l’affolement du capitaine et les jurons des soldats.

Il y avait du bruit au dessus de leur tête, sur le pont, mais qu’allaient encore préparer ces gibiers de potence ?

Au bout de quelques instants, les britanniques aperçurent la gueule d’un de leur canon dans l’encadrement d’une écoutille restée ouverte, le canon était braqué sur eux, c’est alors qu’ils entendirent comme un bruit de tonnerre. C’était la voix du redoutable Surcouf qui les sommait de se rendre sans quoi la mitraille n’épargnerait personne. Tout le monde savait que ces paroles n’étaient pas du vent au regard de la réputation de celui qui les commettait.

« Nous nous rendons » cria Rivington du fond de l’entrepont. Le canon fut reculé et tout l’équipage sorti de leur obscure refuge, le capitaine en tête.

« Comment vous appelez-vous ? », lui demanda Surcouf. « Je suis Rivington, commandant de ce navire ! » « C’est faux ! » lui répondit le triomphant Malouin, vous avez dit que vous ne vous appelleriez plus ainsi si vous ne me couliez pas, alors, comment vous appelez-vous ? » Insista-t-il.

Puis il s’inclina devant la Margravine en lui disant à haute voix : « vous vouliez m’enfermer dans une cage de fer pour m’exhiber devant vos amis ? » « Sachez donc que je suis bien fâché de vous priver de ce délicat plaisir » ajouta-t-il avec une pointe d’ironie. Ainsi s’achève cet épisode qui comme le dit une certaine chanson se déroula un fameux « 31 du mois d’Août ».


Rohan